{"id":3699,"date":"2022-04-15T22:45:40","date_gmt":"2022-04-15T20:45:40","guid":{"rendered":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/?p=3699"},"modified":"2022-04-15T22:47:44","modified_gmt":"2022-04-15T20:47:44","slug":"contrepartie-des-temps-de-deplacement-inhabituels-elle-ne-doit-pas-etre-derisoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/contrepartie-des-temps-de-deplacement-inhabituels-elle-ne-doit-pas-etre-derisoire\/","title":{"rendered":"Temps de d\u00e9placement inhabituels : la contrepartie fix\u00e9e par l&#8217;employeur ne doit pas \u00eatre d\u00e9risoire"},"content":{"rendered":"<p>Le salari\u00e9 dont le temps de trajet pour se rendre sur le lieu d\u2019ex\u00e9cution du contrat de travail exc\u00e8de le <strong>temps normal de trajet entre son domicile et le lieu habituel de travail<\/strong> doit b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une <strong>contrepartie en temps ou en argent<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong><u>Rappel du contexte l\u00e9gal<\/u><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Le temps de d\u00e9placement professionnel pour se rendre sur le lieu d\u2019ex\u00e9cution du contrat de travail n\u2019est pas du temps de travail effectif. Toutefois, s\u2019il d\u00e9passe le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail, il doit faire l\u2019objet d\u2019une contrepartie soit sous forme de repos, soit financi\u00e8re.  La part de ce temps de d\u00e9placement professionnel co\u00efncidant avec l&#8217;horaire de travail n&#8217;entra\u00eene aucune perte de salaire (C. trav. art. L.3121-4).<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, le temps de d\u00e9placement quotidien entre le domicile et les sites du premier et dernier client n&#8217;est pas pay\u00e9 en temps de travail effectif, mais doit faire l&#8217;objet d&#8217;une contrepartie quand il d\u00e9passe un trajet normal. Il n&#8217;est pas non plus pris en compte dans le calcul des dur\u00e9es quotidiennes et hebdomadaires maximales (Cass. soc., 30 mai 2018, 16-20.634).<\/p>\n\n\n\n<p>Le salari\u00e9 doit d\u00e9montrer qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un temps de trajet inhabituel pour que le salari\u00e9 soit en droit d&#8217;obtenir une contrepartie.<\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019absence d\u2019engagement unilat\u00e9ral de l\u2019employeur ou d&#8217;accord collectif, il appartient au juge de fixer le montant de la contrepartie due au salari\u00e9 (Cass. soc. 14 novembre 2012, n\u00b011-18571). <\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Mais&nbsp;est-ce que le juge peut contr\u00f4ler le caract\u00e8re suffisant de la contrepartie financi\u00e8re fix\u00e9e par l\u2019employeur&nbsp;?<\/strong>&nbsp;<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est \u00e0 cette question qu&#8217;a r\u00e9pondu la Cour de cassation dans un arr\u00eat du 30 mars 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette affaire, le tribunal de grande instance avait \u00e9t\u00e9 saisi par des organisations syndicales de diverses demandes relatives, notamment, aux frais de d\u00e9placement des salari\u00e9s itin\u00e9rants dans le secteur de la prestation de services informatiques relevant de la convention collective Syntec.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong><u>Selon l&#8217;employeur, les juges devaient se borner \u00e0 v\u00e9rifier l\u2019existence de la contreparti<\/u><span style=\"text-decoration: underline;\">e l\u00e9gale obligatoire<\/span><\/strong> <\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ainsi, l&#8217;employeur consid\u00e9rait que les juges ne pouvaient fixer le montant de la contrepartie que dans l&#8217;hypoth\u00e8se o\u00f9 elle n&#8217;aurait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne lui appartenait pas, lorsqu&#8217;une telle contrepartie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e de mani\u00e8re unilat\u00e9rale, d&#8217;en appr\u00e9cier le caract\u00e8re suffisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, l&#8217;employeur soutenait que lorsque le salari\u00e9 est itin\u00e9rant, c&#8217;est-\u00e0-dire qu\u2019il n&#8217;a <strong>pas de lieu de travail habituel<\/strong> et effectue des <strong>d\u00e9placements quotidiens entre son domicile et les locaux du client<\/strong>, o\u00f9 il se rend directement depuis son domicile <strong>sans passer par son agence de rattachement<\/strong>, le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail, au sens des dispositions de l&#8217;article L. 3121-4 du code du travail, \u00e9tait le <strong>temps normal de trajet des salari\u00e9s itin\u00e9rants de la r\u00e9gion consid\u00e9r\u00e9e entre leur domicile et les locaux des clients de leurs employeurs<\/strong>, et non le temps normal de trajet de tous les salari\u00e9s de la r\u00e9gion consid\u00e9r\u00e9e entre leur domicile et leur lieu habituel de travail.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong><u>Pour la Cour de cassation, il appartient au juge du fond d\u2019appr\u00e9cier le caract\u00e8re suffisant de la contrepartie fix\u00e9e<\/u><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La Cour de cassation ne retient pas les arguments de l&#8217;employeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle consid\u00e8re que&nbsp;<strong>la circonstance que certains salari\u00e9s<\/strong>&nbsp;<strong>ne travaillent pas habituellement au sein de leur agence de rattachement ne dispensait pas leur employeur de respecter \u00e0 leur \u00e9gard les dispositions de l&#8217;article L. 3121-4<\/strong>&nbsp;<strong>du code du travail<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appartenait donc \u00e0 la Cour de cassation, dans l\u2019exercice de son pouvoir souverain d\u2019appr\u00e9ciation, de<strong>&nbsp;v\u00e9rifier si le montant de la contrepartie <\/strong>allou\u00e9e aux salari\u00e9s r\u00e9pondait \u00e0 ces exigences l\u00e9gales<strong> et s\u2019il <\/strong>n&#8217;\u00e9tait <strong>pas d\u00e9risoire<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la cour d\u2019appel, appr\u00e9ciant dans cette affaire la situation d&#8217;un salari\u00e9 itin\u00e9rant, a valablement appliqu\u00e9 le raisonnement suivant :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<strong> le lieu habituel de travail doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le lieu o\u00f9 se situait son agence de rattachement, si tant est que celle-ci se situe \u00e0 une distance raisonnable de son domicile<\/strong>, de mani\u00e8re que le temps de trajet ainsi d\u00e9termin\u00e9 soit \u00e9quivalent au temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail d&#8217;un salari\u00e9 dans la r\u00e9gion consid\u00e9r\u00e9e&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<strong>les contreparties financi\u00e8res fix\u00e9es unilat\u00e9ralement par l\u2019employeur \u00e9taient \u00ab&nbsp;d\u00e9connect\u00e9es de ces temps normaux de trajet&nbsp;\u00bb <\/strong>et m\u00e9connaissaient, en raison de leur<strong> caract\u00e8re d\u00e9risoire<\/strong>, les dispositions de l&#8217;article L. 3121-4 du code du travail&nbsp;; En l&#8217;occurrence, la \u00ab franchise \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire le temps de d\u00e9placement exc\u00e9dentaire non indemnis\u00e9, de pr\u00e8s de 2 heures \u00e9tait trop importante selon la Cour d&#8217;appel ; et<\/p>\n\n\n\n<p>-l&#8217;employeur a donc \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 de mettre en place un <strong>syst\u00e8me de contreparties d\u00e9termin\u00e9es<\/strong>, <strong>r\u00e9gion par r\u00e9gion, en fonction du temps normal de trajet entre le domicile du salari\u00e9 et le lieu habituel de travail <\/strong>qu&#8217;elle avait d\u00e9fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Les employeurs doivent donc \u00eatre particuli\u00e8rement vigilants lorsqu&#8217;ils mettent en \u0153uvre leur politique interne concernant la contrepartie des temps de d\u00e9placements.<\/p>\n\n\n\n<p>Source : <a href=\"https:\/\/www.courdecassation.fr\/decision\/6243f34678ea42400452b55a?search_api_fulltext=Cass.+soc.+30+mars+2022%2C+n%C2%B0+20-17230+FSB&amp;previousdecisionpage=&amp;previousdecisionindex=&amp;nextdecisionpage=&amp;nextdecisionindex=\">Cass. soc. 30 mars 2022, n\u00b0 20-17230 FSB<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le salari\u00e9 dont le temps de trajet pour se rendre sur le lieu d\u2019ex\u00e9cution du contrat de travail exc\u00e8de le temps normal de trajet entre son domicile et le lieu habituel de travail doit b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une contrepartie&hellip;<\/p>","protected":false},"author":990002,"featured_media":3701,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-3699","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu-jurisprudentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3699","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/990002"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3699"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3699\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3704,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3699\/revisions\/3704"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3701"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3699"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3699"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/detwiler-avocat.fr\/en_en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3699"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}